09 janvier 2014

En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis

 

9782021117707

 

Dans En finir avec Eddy Bellegueule, il est indubitablement moins question de constater des faits objectifs que de réfléchir à ceux-ci. Car Édouard Louis - 21 ans - nous impose son récit - qui n'est donc pas un roman - comme savent le faire aujourd'hui Christine Angot ou Simon liberati. Ouvrage - délibérément autobiographique - véritablement poignant de cette rentrée de janvier, le lecteur est captivé dès la première phrase - qui n'est pas sans nous rappeller le célèbre Aujourd'hui, Maman est morte d'Albert Camus dans L'Étranger : De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Concises, efficaces, accrocheuses, les premières pages d'En finir avec Eddy Bellegueule semblent annoncer un livre prometteur, tant sur le fond que sur la forme. Et, de fait, l'impression semble se confirmer au fil du livre. Sur fond de déterminisme - voire d'apreté - social, mais aussi familial, la deuxième partie est puissante, nous emporte dans un tourbillon de sensations via la valeur stylistique sensiblement crue adoptée par l'auteur. Les mots choisis sont simples, sobres - on notera toutefois deux strates de langage - mais prennent tout leur sens dans le contexte, et mis en relation avec l'ensemble des petits chapitres dont se compose le récit. Il ne s'agit pas là pour Édouard Louis de s'entraîner à un exercice de style, mais peut-être plutôt d'expier des souvenirs qui, avec le temps, ont prit un sens tout autre, beaucoup plus forme et déterminant pour le jeune auteur qu'il est aujourd'hui. Un livre probablement à lire, définitivement à découvrir. 

 

Quatrième de couverture : "Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà loin, je n'appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j'ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici."

En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Très vite j'ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

 

En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis, Seuil, janvier 2014, 17€, 220 pages

 

Posté par actulitteraire à 20:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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